Pourquoi les claviers ont-ils une disposition AZERTY (et pas l’alphabet) ?

Publié le 31/12/25 à 09:01:00
Pourquoi les claviers ont-ils une disposition AZERTY (et pas l’alphabet) ?

Sur un clavier, les lettres ne sont pas rangées dans l’ordre alphabétique. En France et en Belgique, on trouve surtout l’AZERTY. Dans d’autres pays, c’est souvent le QWERTY. Cette disposition peut sembler arbitraire, mais elle vient d’une histoire très concrète : celle des premières machines à écrire, puis des habitudes qui se sont installées durablement.

Un clavier, c’est d’abord une solution à un problème mécanique

Les premiers claviers modernes apparaissent avec les machines à écrire. À l’époque, chaque touche actionne une tige métallique qui vient frapper le papier en passant par un ruban encreur. Le mécanisme est ingénieux, mais il a une limite : si deux tiges proches sont actionnées trop vite l’une après l’autre, elles peuvent se croiser et se bloquer.

Le but n’était donc pas seulement d’écrire vite. Il fallait surtout éviter les blocages et garder une frappe fluide. La disposition des touches a été pensée pour répartir les lettres et limiter certaines combinaisons trop fréquentes qui faisaient “coincer” la machine.

Pourquoi QWERTY est apparu en premier

La disposition QWERTY (les six premières lettres en haut à gauche) est l’une des plus anciennes à s’être imposée. Elle n’a pas été conçue pour être “la plus logique” au sens scolaire, mais pour être utilisable et fiable sur une machine à écrire.

Deux idées guident ce type de disposition :

  • Éloigner certaines lettres souvent tapées l’une après l’autre pour réduire les risques de collision mécanique.
  • Répartir le travail entre les deux mains afin de garder un rythme régulier.

Avec le temps, le QWERTY est devenu un standard dans plusieurs pays, notamment parce que les fabricants, les formations de dactylographie et les habitudes professionnelles se sont alignés dessus.

Alors pourquoi AZERTY en France ?

L’AZERTY est une adaptation du QWERTY. L’idée était de mieux correspondre à l’usage du français : fréquence des lettres, présence d’accents, ponctuation, et conventions typographiques.

Concrètement, l’AZERTY modifie plusieurs points :

  • Il échange certaines lettres (par exemple A et Q, Z et W) par rapport au QWERTY.
  • Il place des caractères utiles en français (comme certaines ponctuations) à des endroits jugés plus pratiques.
  • Il a historiquement intégré des choix liés aux contraintes techniques et aux habitudes d’impression des machines à écrire.

Résultat : l’AZERTY n’est pas “l’alphabet en désordre”, mais une disposition héritée d’une base (le QWERTY) puis ajustée pour un autre contexte linguistique et industriel.

Pourquoi ne pas avoir choisi un clavier alphabétique ?

Un clavier en ordre A-B-C paraît plus simple au premier regard. Pourtant, il pose plusieurs problèmes :

  • La vitesse : en écriture réelle, certaines lettres reviennent très souvent (E, A, S, T…). Les regrouper selon l’alphabet n’aide pas forcément à les atteindre rapidement.
  • Les enchaînements : on tape des paires de lettres fréquentes (comme “en”, “es”, “re”, “ou”). Une disposition efficace cherche à rendre ces enchaînements confortables.
  • Les mains : un bon clavier évite de faire travailler une seule main pour la majorité des frappes.

Autrement dit, l’alphabet est pratique pour apprendre l’ordre des lettres, mais pas forcément pour écrire des mots à un rythme naturel.

Un standard survit surtout grâce aux habitudes

Même quand la contrainte mécanique des machines à écrire a disparu (avec les claviers électroniques), les dispositions sont restées. La raison principale est simple : changer un standard coûte cher en temps et en adaptation.

Un clavier, ce n’est pas seulement un objet. C’est aussi :

  • des millions d’utilisateurs formés à une disposition précise,
  • des logiciels, des raccourcis et des interfaces pensés pour elle,
  • des entreprises qui équipent et remplacent du matériel,
  • des habitudes musculaires (la “mémoire des doigts”).

Une disposition peut donc rester dominante même si une autre est théoriquement plus efficace, simplement parce qu’elle est déjà partout.

Et les claviers “optimisés” comme le Dvorak ou le BÉPO ?

Il existe des dispositions conçues spécifiquement pour améliorer le confort et la vitesse de frappe. Elles cherchent souvent à :

  • placer les lettres les plus fréquentes sous les doigts les plus forts,
  • limiter les mouvements de main,
  • équilibrer l’usage entre main gauche et main droite.

En français, le BÉPO est un exemple connu. Il vise une frappe plus ergonomique et plus adaptée à la langue. Mais ces dispositions restent minoritaires, notamment parce qu’elles demandent un apprentissage et que la majorité des claviers vendus sont déjà en AZERTY.

Pourquoi l’AZERTY est parfois critiqué

L’AZERTY a été construit par couches successives : héritage du QWERTY, contraintes des machines à écrire, ajouts pour la ponctuation et les caractères. Cela explique certaines incohérences.

Par exemple, selon les versions d’AZERTY, l’accès aux accents, aux majuscules accentuées ou à certains symboles peut être peu intuitif. Des évolutions existent, mais elles cohabitent avec des habitudes déjà bien installées, ce qui rend les changements lents.

Ce qu’il faut retenir

Si le clavier AZERTY n’est pas alphabétique, ce n’est pas un hasard. Il vient d’une histoire technique (éviter les blocages des machines à écrire), puis d’une histoire d’usage (standardisation, apprentissage, habitudes). Aujourd’hui, même si d’autres dispositions peuvent être plus confortables ou plus adaptées, l’AZERTY reste largement utilisé parce qu’il est devenu la norme dans la vie quotidienne.