Pourquoi dit-on « pardon » ? (et d’où vient cette formule)

« Pardon » fait partie de ces mots qu’on prononce sans y penser. On le dit après avoir bousculé quelqu’un, pour interrompre une conversation, ou quand on veut s’excuser. Le mot semble évident, mais il porte une idée plus profonde qu’un simple « désolé ». À l’origine, demander pardon, c’est demander qu’on nous pardonne, c’est-à-dire qu’on efface la faute.
Comprendre d’où vient « pardon » aide à saisir pourquoi ce mot est resté si central dans la vie quotidienne : il sert à réparer une petite rupture entre deux personnes, même quand il n’y a rien de grave.
Ce que signifie vraiment « pardon »
Dans l’usage courant, « pardon » peut vouloir dire :
- « Excusez-moi » : on reconnaît une gêne ou une erreur (« Pardon, je ne vous avais pas vu »).
- « Je demande à passer » : on adoucit une action qui dérange (« Pardon, je peux me faufiler ? »).
- « Je n’ai pas compris » : on demande de répéter (« Pardon ? »).
Dans tous les cas, le mot a un point commun : il reconnaît qu’il y a eu un petit problème (un choc, une interruption, une maladresse) et il propose de le corriger immédiatement.
D’où vient le mot « pardon »
Le mot « pardon » vient du verbe pardonner. L’idée de base est simple : ne plus tenir rigueur à quelqu’un, accepter de laisser passer une faute.
Dans son sens ancien, demander pardon n’était pas seulement une formule de politesse. C’était une demande claire : « accordez-moi votre pardon ». Autrement dit : « je reconnais ma faute, et je vous demande de ne pas m’en vouloir ».
Cette idée a longtemps été liée à des notions fortes : la faute, la réparation, le fait de retrouver une relation normale après un tort. Avec le temps, le mot s’est adapté à des situations beaucoup plus petites, mais il a gardé cette structure : reconnaître + réparer.
Pourquoi « pardon » est devenu une formule de politesse
Dans la vie en société, il existe une règle implicite : on essaie de ne pas gêner les autres. Mais comme on vit proches les uns des autres (dans la rue, dans les transports, au travail, en famille), il y a forcément des frottements : on coupe la parole, on marche sur un pied, on prend trop de place, on se trompe de personne.
Dire « pardon » sert alors à désamorcer le moment. Le mot agit comme un signal :
- On a remarqué le problème (on ne fait pas « comme si de rien n’était »).
- On ne voulait pas nuire (on montre que ce n’était pas volontaire).
- On respecte l’autre (on reconnaît son inconfort ou son droit à ne pas être dérangé).
C’est pour cela que « pardon » fonctionne aussi bien pour de toutes petites choses. Même sans faute grave, il répare une mini-tension et évite qu’elle s’installe.
Comment l’usage a évolué au quotidien
Avec le temps, « pardon » a pris plusieurs rôles pratiques, parfois très éloignés de l’idée de « faute » au sens fort.
1) Pardon pour s’excuser
C’est l’usage le plus direct : on a fait quelque chose qui dérange (même involontairement), et on le reconnaît.
2) Pardon pour demander le passage
On ne s’excuse pas forcément d’une erreur, mais on adoucit une action qui impose quelque chose à l’autre : se frayer un chemin, interrompre, demander de l’attention. Le mot rend la demande plus acceptable.
3) Pardon pour demander de répéter
Ici, « pardon ? » signifie plutôt « excusez-moi, je n’ai pas compris ». On s’excuse non pas d’avoir fait du tort, mais d’avoir besoin que l’autre fasse un effort supplémentaire.
Dans ces trois cas, « pardon » sert à la même chose : maintenir une relation fluide malgré un petit accroc.
« Pardon », « excusez-moi », « désolé » : quelle différence simple ?
Ces mots se ressemblent, et on peut souvent les remplacer. Mais ils n’ont pas exactement la même nuance.
- « Pardon » : met l’accent sur le fait de demander à l’autre de laisser passer. C’est une formule courte, très pratique, souvent utilisée sur le moment.
- « Excusez-moi » : insiste sur l’idée d’« excuser », c’est-à-dire retirer la faute. La formule est fréquente dans les demandes (« Excusez-moi, vous avez l’heure ? »).
- « Désolé » : met davantage l’accent sur le ressenti (« je regrette »). On l’emploie souvent quand la situation est un peu plus personnelle ou plus sérieuse.
Dans la vie courante, le choix dépend surtout du contexte. Pour une petite gêne immédiate, « pardon » est rapide et efficace. Pour une demande polie, « excusez-moi » est très courant. Pour un vrai regret, « désolé » apparaît souvent plus adapté.
Pourquoi on continue de dire « pardon » aujourd’hui
Si « pardon » a traversé le temps, c’est parce qu’il répond à un besoin simple : vivre ensemble sans conflit. La plupart des tensions du quotidien ne viennent pas de grandes injustices, mais de petites maladresses répétées. Un mot court peut suffire à éviter qu’un détail devienne une dispute.
Dire « pardon », c’est aussi une manière de :
- montrer qu’on fait attention aux autres,
- reconnaître ses erreurs sans dramatiser,
- garder une ambiance calme dans les espaces partagés.
Et comme le mot est compris immédiatement, il reste utile dans presque toutes les situations, même entre inconnus.
Conclusion : un petit mot pour réparer tout de suite
« Pardon » vient de l’idée de pardonner : effacer une faute et rétablir une relation normale. Au fil du temps, la formule s’est installée dans la politesse quotidienne, jusqu’à devenir un réflexe pour s’excuser, demander le passage ou faire répéter.
Si on le dit encore autant, c’est parce qu’il remplit une fonction essentielle : reconnaître une gêne et la réparer immédiatement, avec un mot simple que tout le monde comprend.

